PRESENTATION DU LIVRE



Samedi le 16 janvier 2010 Bibliothèque d’Amersfoort.

 Je suis très honorée que vous avez pris la peine de venir à Amersfoort. Soyez les bienvenus. Comme beaucoup d’entre vous le savent, mon travail depuis de longues années consiste à former des infirmières en charge d’accouchement. Dans notre centre de formation, la naissance est au cœur de toutes nos activités et constitue un sujet central. Aujourd’hui c’est aussi une naissance, celle de mon livre dont je vous remercie d’être venus nombreux saluer l’arrivée. Karin racontait déjà la fécondation : le prix pour la meilleure question. C’est ce qu’il fallait pour la publication du livre.

 Et après, écrire un livre, comment faire, par quel bout prendre ? J’ai pris contact avec l’éditeur. Bianca m’assistait moralement et par sa présence et ses actions. Comme on appelle ces femmes œuvrant dans le domaine de l’obstétrique, Bianca tu étais aussi comme une sage-femme car tu as aidé à l’accouchement du livre. Tu me donnais tes conseils précieux et appropriés : Commencer à temps, Donner un délai précis aux liseurs du manuscrit. Me référer à un protocole pour la ponctuation.

Mais écrire c’est un métier, je m’en étais aperçue comme lectrice. Or ce n’est pas du tout ma profession. Alors comment faire ? J’avais remarqué qu’il y avait un cours d’écriture dans cette bibliothèque. Comment on dit en obstétrique, en quelque sorte des cours/exercices de gestation. Qu’est-ce que j’apprenais pendant le cours d’écriture ? Contempler écrire, dépeindre sans jugement de valeur. Avec une règle de base: tout est permis tant qu’on écrit et reécrit. Bouger mon stylo sans cesse même quand c’est insensé. Ecrire ce qu’on a sur le coeur, Cracher le texte, Comme un gros morceau pour le sculpteur. Qu’est-ce que j’ai à raconter? Pendant mes vacances j’ai lu toutes les lettres que nous avions écrit à nos parents, pour rafraîchir ma mémoire. J’achetais un stylo et durant les vacances d’été 2008 je crachais du texte en continu et couchait sur feuille mes pensées.

Mon amie Ank lisait le manuscrit pendant que tapais sur mon ordonnateur. Alors le process était en route, les lecteurs Carola, Salif et Carolien m’ont accompagné. J’ai demandé à Hawa son accord pour utiliser son nom. J’ai cousu, ciselé et raboté pendant mes vacances d’automne. Je revoyais ensuite Bianca pour avoir ses impressions sur le texte. « Pas d’index, pas de suppléments, essuyer/ retoucher, enlever ces morceaux/fragments/pièces ? » elle me prodiguait ses conseils. Ce livre n’est pas une autobiographie, ce n’est pas un journal ni un mémoire. C’est un roman disait-elle. Fais attention au temps présent et passé. » A noël, comme un tisserand de brousse je remettais le texte sur le métier pour amender, ou reformuler. Mon amie Trudy a eu la patience de rédiger ensuite le texte en entier.

Après cela j’ai pris mon courage à deux mains pour demander au Monsieur Pronk, ministre du développement de me préfacer le livre. Sa réponse ne fut pas immédiate, il m’a dit : « je veux d’abord lire le livre et seulement ensuite je le recommanderai si je le trouve pertinent ». Deux mois après il m’envoyait ses félicitations et acceptais de me faire l’honneur de parrainer mon livre, je l’en remercie très chaleureusement. Ensuite je me rendais à la consultation de ma sage-femme Bianca. Le manuscrit est-il maintenant bon pour être édité ? C’est après son feu vert que j’ai lancé les commandes que voici sur la table. Mais les discussions ont continué à propos du titre du livre. En tout cas le nom Mali devait y figurer pour marquer ma reconnaissance et ma gratitude envers ce pays. Aussi il devait faire appel à l’imagination. J’aime les évocations. Au début j’avais le nom noyaux de mangues. Bianca conseillait de le mettre au singulier.

Ensuite la présentation du livre: la couverture, disons le faire-part de naissance, les caractères, la graphie et les photos. Alors commençait l’attente interminable, l’angoisse de la délivrance, comment on en obstétrique. Je guettais le facteur chaque jour et ce qui devait arriver arriva, il sonna un matin et présenta le colis. On y est: la parution du livre, disons la naissance. Avec la coupure du cordon ombilical le livre est libre, il prendra son chemin et vivra sa propre vie. Hier je recevais mon premier cadeau d’accouchement à mon école. Els, une étudiant de 55 ans et une femme bien lettrée, disait qu’elle avait lu mon livre. J’étais étonnée et surprise, déjà disais-je? Comme elle ne connaissait pas ma vie privée je lui demandais son opinion. En attendant sa réponse je me sentais une élève qui était nerveuse pour ses résultats d’examens. « Magnifique et admirable », elle disait de tout son cœur. Tout le monde reçoit une mangue pour bien ronger jusqu’au noyau. Merci pour votre attention.

Chères mesdames et chers messieurs, Je m’appelle Demba Konaté et je suis un ressortissant malien habitant aux Pays-Bas. C’est par l’intermédiaire de mon grand frère Salif aujourd’hui disparu mais qui était installé ici en famille à Amsterdam, que j’ai fait la connaissance de Bernadette. Bernadette et Cees étaient liés à Salif par des liens d’amitié très forts. Ils ont fait beaucoup pour mon frère qui savait compter sur eux. Cette amitié s’est prolongé au-delà des mers et continents jusqu’à Bamako dans ma famille. Ma famille à Bamako accueille toujours avec plaisir Cees et Bernadette, ils y sont hébergés dans la simplicité d’un milieu traditionnel africain. C’est au nom de cette proximité sentimentale que je veux témoigner ici à la demande Bernadette, et raconter mon parcours de vie.

Né et élevé au Mali dans la capitale Bamako, je suis arrivé aux Pays-Bas. J’étais sans emploi, sans situation et désemparé dans ce monde nouveau et si différent de chez moi. C’était pour moi un saut dans l’inconnu sans parachute. Dans ce contexte mon objectif était de me construire un avenir ici et gagner ma vie et de pouvoir venir en aide à ma famille démunie au Mali. La famille déjà soutenue par mon frère Salif attendait encore beaucoup de moi aussi, tant ses besoins sont nombreux et la pauvreté grande. Avec mon frère nous voulions construire une maison pour nos parents qui étaient mal logés.. A mon arrivée aux Pays-Bas au mois de février en plein hiver et je ressentais particulièrement ce temps glacial. J’étais tellement frigorifié, j’était étonné de voir sortir de ma bouche quand je l’ouvrais comme un nuage. Ceci augmentait mon désarroi à tel point que je me demandais si j’avais fait le bon choix en venant ici. Je n’étais pas à l’aise. Mes habitudes maliennes commençaient à me manquer. Par exemple je ne pouvais m’adonner quotidiennement au rituel du thé malien que je prenais au « grin » (groupe d’amis). J’étais isolé du fait que je ne parlais pas le néerlandais. J’étais souvent à la maison car il pleuvait souvent et je pensais comme à Bamako que tout le monde devrait rester dans la maison pendant tant qu’il pleut. Mais ce n’était visiblement pas comme ça ici: on partait pendant la pluie et chacun vaquait à ses occupations.

Au départ c’était très difficile, mon rêve d’être riche rapidement dans un pays riche et de retourner ensuite au Mali s’éloignait déjà peu à peu. Je m’aperçois vite que ça ne se passe pas comme ça, que l’eldorado que j’avais plein la tête devait faire place à un désenchantement. D’abord je demeurais chez mon frère et sa famille, peu après j’ai cohabité avec d’autres maliens tous en situation difficile et vivant dans la même galère. Peu de temps après, l’idée m’est venue de chercher à gagner ma vie en vendant des objets d’art africain. Au début cela marchait assez bien. J’envoyais une partie des bénéfices au Mali si possible. Mais c’était si difficile que j’ai réalisé que je ne pouvais pas devenir riche facilement. Au milieu d’autres compatriotes je vivais presque comme au Mali. Je sirotais le thé à la malienne avec d’autres. J’ai gardé aussi les enfants des autres, et je rendais de menus services, des courses souvent. Poli et discipliné j’étais disponible pour les autres comme on nous apprend au Mali à respecter et obéir aux personnes plus âgées.

Au bout d’un an le bonheur devait me sourire avec la rencontre de Joke. Elle me prenait par le bras et m’apportait chaleur et réconfort. Elle est toujours aussi sublime ! Elle voulait m’apprendre sa langue, les us et coutumes néerlandais. Elle voulait partir à vélo d’Amsterdam en Belgique en faisant du camping sur le trajet. Je dois dire que cela ne m’enchantait pas du tout. Ca me paraissait un peu loufoque de rouler à vélo sur une longue distance et de devoir dormir sous une tente. Mais l’Amour étant plus fort que tout, je l’ai fait pour Joke avant de d’apprécier moi-même cette expérience, c’était très amusant. Mais les choses étaient difficiles car souvent on ne se comprenait pas, du fait des subtilités linguistiques. Joke voulait m’apprendre comment accélérer la vitesse et j’appréciais peu. Mais aujourd’hui j’aime faire du vélo et j’aime camper. La semaine dernière j’ai découvert et pratiqué du patinage!

Grace à Joke qui est devenue mon épouse, j’ai reçu un permis de séjour aux Pays-Bas. J’avais ainsi le droit de travailler et de me former. Depuis 12 ans je travaille dans un hôpital au département de facilité ( ?). Nous avons eu deux charmants fils. Quand je regarde ma vie maintenant j’observe avec bonheur beaucoup de choses, mais également certaines pratiques avec lesquelles j’ai du mal encore. Par exemple je n’aime pas fixer un rendez-vous très précis, je n’ai pas pu aimer la ratatouille, je ne me fais pas à mes anniversaires avec cadeaux, mais je sais que cela fait partie de la vie en société d’ici.

Je me suis obligé à tout partager avec ma femme. Au Mali les femmes et les hommes vivent séparément, les hommes peuvent se retrouver souvent entre eux. En vivant depuis 17 ans en Hollande, je finis par penser comme les hollandais. Aussi, je trouve maintenant pesant la pression familiale malienne. Je trouve irritant lorsque ma mère tente de m’oblige à faire ce que je ne veux pas. Je vis actuellement à la croisée des chemins ; les deux cultures malienne et néerlandaise souvent contradictoires. Chaque fois je dois réfléchir et faire la synthèse avant de prendre une option. Mais je suis dire que je suis heureux de vivre la liberté que j’ai ici. Je suis libre, personne ne cherche à me guider ou à contrôler mes actes, je ne rend compte qu’à ma femme et mes enfants.

Je suis content de pouvoir soutenir ma famille au Mali et je suis heureux avec ma famille ici. A côté de cela j’aime beaucoup prendre faire et prendre du thé à la malienne avec mes amis et compatriotes ici à Amsterdam, échanger et regarder le télé malienne. Mon rêve comme toujours c’est de ramasser un million dans la rue. Je suis venu aux Pays-Bas pour de trouver de l’argent, si j’en trouve beaucoup j’en serai très heureux. Mais je suis aussi heureux avec ma famille et je m’amuser bien avec mes proches. Faire connaître mon histoire personnelle et être compris des gens cela me fait plaisir, c’est aussi pour ça que j’aime Cees et Bernadette qui me connaissent et me comprennent si bien.

J’espère que le livre sera un grand succès et aura beaucoup de lecteurs. Il ne reste plus qu’à le traduire en français afin que le public malien aussi après le public hollandais puisse le lire avec j’en suis sûr énormément de plaisir et d’intérêt.